mercredi 12 octobre 2016

L'Espace d'un an, de Becky Chambers

Titre : L’Espace d’un an
Auteur : Becky Chambers
Éditeur : L’Atalante
Date édition : août 2016
Illustratrice : Clémence Haller
Traductrice : Marie Surgers
448 pages
23 euros


Synopsis :

Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l’espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d’autres humains. La pilote, couverte d’écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l’IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang…

Les tribulations du Voyageur, parti pour un trajet d’un an jusqu’à une planète lointaine, composent la tapisserie chaleureuse d’une famille unie par des liens plus fondamentaux que le sang ou les lois : l’amour sous toutes ses formes.

Loin de nous offrir un space opera d’action et de batailles rangées, Becky Chambers signe un texte tout en humour et en tendresse subtile. Elle réussit le prodige de nous faire passer en permanence de l’exotisme à la sensation d’une familiarité saisissante.

Critique :

Il ne faut guère plus que l’espace de deux soirées pour achever cette petite merveille de la science-fiction, écrite sous la plume délicate et merveilleuse de Becky Chambers. L’espace d’un an, en tout cas ses thématiques, n’offre que peu d’originalité en lui-même. Son originalité réside dans son approche du récit, en plus de ses thématiques.

Je me contredis ?

Certes, j’ai bien parlé de thématiques pas forcément originales dans le domaine de la science-fiction. Il n’empêche, c’est assez magistral d’aborder autant de thèmes différents sans pour autant que cela ne paraisse superficiel dans son traitement. En cause, des chapitres ressemblant presque à des nouvelles à part entière. J’ai compté vingt-trois chapitres, comptez y le nombre de récits dans le récit.

Je grossis un tantinet le trait en parlant de chapitres-nouvelles, car il y a bien un dénominateur commun : le Voyageur et son équipage hétéroclite. Bien loin d’une bande de pirate de l’espace, on a affaire à un tunnelier, appareil qui trace les routes de l’espace dans l’infrastrate. Suite à l’arrivée d’une petite nouvelle, on va suivre ses occupants le temps d’une mission longue d’un an ainsi que les évolutions de leur quotidien et de leurs relations. L’espace d’un an n’aurait pas de raison d’être sans ses protagonistes et le cadre dans lequel ils vivent.

Ne vous attendez pas à tout un foutras d’actions et de rebondissements what the fuck, ce n’est pas du tout l’optique du livre qui nous offre ici un texte croisant space opera et tranche de vie. Et si cela fonctionne si bien, il faut en remercier l’auteure qui fait preuve d’une grande finesse à l’aide d’une écriture extrêmement agréable, d’une empathie forte, de traits d’esprit bien dosés et de personnages passionnants et incroyablement vrais.

Becky Chambers nous présente ainsi une sorte de roman sauce feel good, bien que tout ne sois pas rose. Mais au final, que la vie de soit pas entièrement rose empêche-t-il de s’épanouir ? Un livre riche émotionnellement, rafraichissant, ouvert à la différence. On ressort de cette lecture touché et avec une patate d’enfer.

lundi 6 juillet 2015

Le cycle de Lanmeur - Intégrale IV : Aux Origines du Rassemblement, Christian Léourier



D’ores et déjà, me voilà à faire du rétropédalage pour vous présenter ce livre, Lanmeur – Intégrale IV : Aux Origines du Rassemblement. J’aime beaucoup mon nouveau fonctionnement, et quoique puisse suggérer cette chronique écrite, je le maintiendrais.

Mais, voilà. Oui, voilà.

Quand une baffe arrive, une belle grosse baffe dans la figure, il faut parfois s’écarter du ton sibyllin pour défendre bec et ongles ce en quoi nous croyons : « Ça, c’est de la qualité type BOMBASSE, il faut absolument que vous penchiez un œil dessus. ». Le besoin de détailler se fait donc impérieux dans le cas présent.

Certes, mon langage est parfois encore trop vulgaire pour faire honneur à Christian Léourier, mais il souligne, je pense, avec quelle jubilation frénétique ai-je tourné les pages de ce livre. Car ce qui frappe tout d’abord, au début de cette lecture où l’on ne se doute pas encore du choc à venir, c’est le style.

J’ai envie de digresser en revenant à ma précédente lecture de Lanmeur, intégrale première du nom. En effet, vous pouvez soulever le point que je n’ai pas (encore) pris la peine de lire les deux volumes intermédiaires à ces deux lectures. Pour cause, j’avais fortement apprécié l’intégrale I dans lequel se trouvait les germes de la claque que je tente de vous conter en ce moment même. Car dans ce premier opus, j’avais surtout su tomber sous le charme de Mille fois mille fleuves, récit virtuose au niveau de l’écriture (tout en trouvant le reste très bon, mais sans cette étincelle).

Or il en est de même ici. Une plume virtuose menant à la baguette un récit à la forme originale pour le gros de cette intégrale. L’écriture est splendide, loin d’être un écran de fumé tant j’ai trouvé la maîtrise bluffante, insufflant un véritable souffle à cette fresque mythique.

Oui, Lanmeur, cycle de science-fiction, se voit ici décliné dans une fantasy mythique pour l’essentiel, avec toujours en toile de fond cette quête de l’unité et du savoir. Car finalement, science-fiction ou fantasy, qu’importe la coupe, pourvu qu’on ait l’ivresse. Et fondamentalement, le fond de ce que cherche à transmettre Christian Léourier ne diffère point, comme l’intelligence de son propos ne change pas.

Aux Origines du Rassemblement, en plus d’être captivant, est une œuvre d’une grande profondeur. Je suis certain qu’il s’agit d’un livre qui sera meilleur encore à la relecture. Le sentiment que j’ai eu à la lecture, c’est de vivre quelque chose d’humainement enrichissant, en plus du divertissant, chose habituelle et en quelque sorte (quasi-) systématique aux littératures de genre.


Cette intégrale présente pour ma part un des sommets de l’Imaginaire français avec Le Procès de Gwidon qui occupe le gros de cet ouvrage, tout en dispensant un superbe autre texte avec Le Testament d’Erwan qu’on pourrait qualifier de « grosse cerise » sur le gâteau. Une expérience de lecture à vivre, très certainement. Probablement ma meilleure lecture cette année (et pourtant, j'ai lu de bonnes choses).